Les autorités judiciaires iraniennes multiplient les condamnations à des « soins psychologiques » pour des femmes ayant refusé de respecter la loi sur le voile obligatoire. Les associations de soignants estiment que la psychiatrie est ainsi détournée par le pouvoir judiciaire. Un aveu de faiblesse pour l’État iranien qui, malgré l’intensification des mesures répressives, ne parvient pas à faire respecter sa loi sur le voile.

Publié le : 04/08/2023 – 09:39

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Symbole de la transgression des Iraniennes contre l’obligation de porter le voile, l’actrice Afsaneh Bayegan est apparue tête nue à plusieurs reprises sur son fil Instagram, et plus récemment lors d’une cérémonie publique.   

Le pouvoir iranien, qui cherche de nouveaux moyens de contraindre les femmes à couvrir leurs cheveux, n’a pas apprécié. Un tribunal vient de condamner la vedette de 61 ans à deux ans de prison avec sursis, et à l’obligation de se rendre une fois par semaine dans un « centre psychologique » pour « traiter son trouble mental de la personnalité antifamiliale », a annoncé le 19 juillet l’agence Fars.  

À la suite de la mort de Mahsa Amini, tuée lors de sa détention par la police des mœurs pour avoir porté son voile de façon « incorrecte » en septembre 2022, de nombreuses Iraniennes ont commencé à s’afficher sans leur foulard. Plusieurs personnalités, notamment des sportives et des comédiennes, ont retiré leur voile en signe de solidarité.  

« La peine prononcée contre cette actrice a valeur d’exemple », explique Azadeh Kian, professeure de sciences politiques à l’université Paris VII Diderot et spécialiste de l’Iran. D’autant qu’Afsaneh Bayegan qui fut l’une des premières vedettes du petit écran et du cinéma iraniens après la Révolution islamique de 1979, est une figure respectée de la télévision iranienne.  

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Le cas d’Afsaneh Bayegan n’est pas isolé. Des juges iraniens ont également diagnostiqué « un trouble de la personnalité antisociale » chez Azadeh Samadi, autre actrice célèbre. Pour avoir porté un chapeau – et non un voile – en public, lors d’un enterrement, l’Iranienne devra elle aussi accepter de suivre une thérapie une fois par semaine dans un « centre psychologique ». 

Une justice critiquée par les psychiatres iraniens  

Début juillet, un autre tribunal de Téhéran a condamné une femme pour non-respect du voile à deux mois de prison et à six mois de traitement pour ce que le tribunal a qualifié cette fois de « trouble psychologique contagieux qui entraîne une promiscuité sexuelle ».   

La multiplication des jugements de cette nature n’a pas tardé à faire réagir le secteur psychiatrique iranien. Dans une lettre ouverte adressée au chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni Ejei le 23 juillet, les présidents de quatre associations de santé mentale ont accusé la justice « d’abuser de la psychiatrie » à d’autres fins. « Le diagnostic des troubles mentaux relève de la compétence d’un psychiatre, pas d’un juge » ont dénoncé ces professionnels de santé.  

L’inquiétude est d’autant plus grande que les plus jeunes ne sont pas épargnés. Au plus fort des manifestations contre le pouvoir après la mort de Mahsa Amini en octobre 2022, le ministre iranien de l’Éducation Youssef Nouri avait admis que des écoliers arrêtés dans la rue ou dans leur établissement étaient détenus dans des « centres médico-psychologiques » où ils faisaient l’objet d’une « rééducation » afin qu’ils ne deviennent pas « antisociaux ». Une décision critiquée alors par le syndicat des enseignants iraniens qui craignaient que « les centres de rééducation deviennent des camps militaires ».  

Un aveu d’échec de la part des autorités

Pour Azadeh Kian, ce détournement de la psychiatrie « montre avant tout le désarroi du pouvoir ». Ces derniers mois, de plus en plus de femmes continuent d’apparaître tête nue dans la rue en Iran, malgré la pressions des autorités.

Lourdes amendes, envoi de SMS si les femmes sont repérées sans le voile au volant, confiscation du véhicule, pression sur leurs employeurs – y compris dans le privé – pour les faire limoger, refus de soins à l’hôpital pour celles qui désobéissent, fermeture des commerces autorisant les femmes dévoilées… Autant de moyens déployés par les autorités pour contraindre les Iraniennes.   

En juillet, elles n’ont pas hésité à faire fermer temporairement les bureaux de Digikala, l’équivalent iranien d’Amazon, après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une photo sur laquelle des employées figuraient sans le voile au siège de ce géant du commerce en ligne.  

Quelques jours plus tôt, une femme surprise au volant sans son voile a été condamnée par un tribunal de Varamin, dans la province de Téhéran, à laver les cadavres pendant un mois dans une morgue de la capitale.  

« Ils ont tout essayé [pour empêcher les femmes de se dévoiler] et ça n’a pas fonctionné. Ils sont de plus en plus affaiblis, obligés de prendre des mesures telles que le recours à ces centres psychologiques », poursuit Azadeh Kian.

Pour le sociologue Farhad Khosrokhavar, directeur d’études émérite à l’EHESS et auteur de « L’Iran. La jeunesse démocratique contre l’État prédateur », cette tendance révèle une fois de plus « le gouffre entre le pouvoir et la société iranienne, surtout dans sa jeunesse ».  

« Ce pouvoir, particulièrement dans sa hiérarchie supérieure composées d’octogénaires, a un certain nombre d’idées préconçues et tout à fait arbitraires », poursuit le chercheur. « Il tente d’imposer des normes qui sont totalement désincarnées et qui n’ont plus aucune légitimité aux yeux de cette jeunesse. Il aggrave son discrédit auprès de la société iranienne et devient chaque jour un peu plus illégitime ».  

Vers une criminalisation des femmes récidivant sans le voile

Une fuite en avant qui ne devrait pas s’arranger. À l’approche du premier anniversaire de la mort de Mahsa Amini en septembre, les différents services de l’appareil d’État iranien semblent se lancer dans une « surenchère » pour étouffer toute contestation, observe Azadeh Kian.   

Un projet de loi présenté fin juillet au Parlement iranien propose d’instaurer des peines encore plus lourdes contre ces femmes qui refusent de se plier à cette injonction. « Si cette loi est votée, elles pourraient perdre leur droits civiques, le droit de travailler, elles seraient privées de tout », déplore la chercheuse. Mais surtout, le texte comprend l’ajout d’un nouveau crime dans la loi iranienne, celui de « promotion du dévoilement », s’inquiètent un certain nombre de juristes. « Cela signifie qu’en cas de récidives, les femmes non voilées seraient considérées comme étant ‘en train de propager des slogans contre le voile’, auquel cas elles risqueraient même d’être condamnées à la peine capitale », alerte Azadeh Kian.

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